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Éditeur : Éditions Ndzé

Collection Romans

Auteure : Khadi HANE

Prix : 19 €
Nombre de pages : 238
Parution : novembre 2002
Imprimeur : Libriszone
Distribution : ALFA, 55 bd Soult 75012 Paris
Diffusion : Servedit


LE THEME :

À Dakar, une jeune femme, cadre, mariée depuis cinq ans à un journaliste de télévision, connaît un bonheur sans nuages. Cette « citadine pur-sang » est envoyée en mission dans un village sérère, non loin des Portes de l’Enfer. Un seul regard au détour d’un champ et le destin bascule.
Comment braver le coup de foudre et l’interdit lorsqu’on a peur de l’acte comme de l’acte manqué ? La passion dévorante qui anime le cœur et les corps fera-t-elle fi d’autant de tabous ?
Ce récit, façonné par une plume sensuelle, est savamment construit de retours en arrière et nous plonge dans les méandres de l’éternel débat, ici revisité et réactualisé, entre Tradition et Modernité.
Itinéraire destructeur d’une femme aux convictions solides, mais en état de révolte perpétuel et ébranlée dans sa chair, ce roman est placé sous le signe de l’obsession : celle de l’amour incalculé et envoûtant, ce « sentiment cruel et ingrat qui n’existe que pour rappeler à ses victimes l’ignominie des sens »… Une invitation au voyage dans l’abîme de la sensualité faite femme.

Carole BLANCHE

 

Notre opinion: Un roman exceptionnel !

Après Marama Bâ qui, dans Une si longue lettre, réclamait pour la femme africaine et musulmane le droit à la dignité de mère et d'épouse, Khadi Hane franchit un nouveau pas en exigeant le droit d'aimer, d'aimer tout simplement, d'aimer qui elle veut, et pas nécessairement dans le cadre du mariage... "Je ne suis pas une femme africaine, je suis une femme tout court" aime-t-elle à répéter !

Deux extraits :

« Ce qui devait être une nuit exceptionnelle pour Karim et moi se transforma en des heures de détresse profonde pour tous les deux. J’étais bouleversée par ce que j’avais enduré avec ces grosses bonnes femmes, et Karim confondu de voir sa femme pleurer sans en connaître les raisons. Il passa tout le reste de la nuit à me supplier de lui avouer ce qui n’allait pas, mais je n’avais aucune envie d’en parler. Je lui en voulais d’ailleurs de n’avoir pas subi les mêmes affronts. Pendant que j’étais torturée par tante Astou et ses complices, lui buvait et mangeait, tranquillement installé dans son salon, avec ses amis.
S’était-il seulement soucié de ce que j’étais en train de subir ? Pendant que ces grosses mégères s’acharnaient à m’enlever toute pilosité du corps, lui se prélassait au milieu de gens normaux qui n’auraient jamais eu l’idée de lui relever sa chemise à la recherche d’un quelconque poil indésirable…
Personne ne lui avait demandé s’il était encore vierge ! Pas même sa propre mère. Il n’était pas plus vierge que moi, mais personne ne s’en souciait. Ils avaient tous décidé que je devais porter seule le poids de nos fautes. Eh bien, l’heure était venue pour lui d’assumer sa part de responsabilités. » (p. 204-205).

« Seul dans sa case, Baye Gorgui Sène, menaçant, à l’écoute de mes fautes, ignore l’appel de la nuit. Encore une fois, je m’en fous. Je m’en fous car je m’en irai dans une petite heure, repue des amours de son fils. Je brandirai le trophée de ma nuit au-dessus de mes épaules. Je le narguerai jusqu’à ma sortie du village. Et je me réveillerai au désert de ma vie sans Diogoye pour calmer les ardeurs de mon ventre quand je penserai à ma nuit de gloire à Niakhane.
Il est quatre heures du matin. Je dis à Diogoye que nous devons rentrer, j’ai rendez-vous avec mes collègues dans une heure. Il ne semble pas vouloir se détacher de mon corps. Je répète que nous devons nous séparer, que je dois bientôt les retrouver sur cette même place.
Diogoye fouille dans ses poches, et en extirpe un objet. C’est un collier de paille. Il me le tend en souriant. Il me dit que c’est un cadeau confectionné de ses propres mains. Rien que pour moi, pour symboliser notre amour. Il ajoute qu’il n’a jamais rien offert à personne, c’est la première fois qu’il sent le besoin d’exprimer son amour pour une femme. Il est conscient que notre passion est impossible, alors il me l’offre pour que je ne l’oublie jamais.
Je prends le collier dans mes mains et j’ai envie de pleurer, tellement je me sens heureuse. Heureuse d’être la première et peut-être la dernière à qui il fait un si beau cadeau. Il m’aide à le passer autour de mon cou. Il est si heureux que je le garde sur moi.
Je ne peux m’empêcher de le comparer à celui, d’or pur, que Karim m’avait offert pour notre premier anniversaire de mariage. Celui-ci me paraît si précieux, et l’autre si dérisoire… Je passe les doigts entre les perles en paille de son gage d’amour et je suis heureuse. C’est comme si  j’amenais une parcelle de lui, en ville, avec moi. » (p. 175-176).