LE THEME :
À Dakar, une jeune femme, cadre, mariée depuis cinq ans à un
journaliste de télévision, connaît un bonheur sans nuages. Cette
« citadine pur-sang » est envoyée en mission dans un village
sérère, non loin des Portes de l’Enfer. Un seul regard au détour
d’un champ et le destin bascule.
Comment braver le coup de foudre et l’interdit lorsqu’on a peur
de l’acte comme de l’acte manqué ? La passion dévorante qui
anime le cœur et les corps fera-t-elle fi d’autant de tabous ?
Ce récit, façonné par une plume sensuelle, est savamment
construit de retours en arrière et nous plonge dans les méandres
de l’éternel débat, ici revisité et réactualisé, entre Tradition
et Modernité.
Itinéraire destructeur d’une femme aux convictions solides, mais
en état de révolte perpétuel et ébranlée dans sa chair, ce roman
est placé sous le signe de l’obsession : celle de l’amour
incalculé et envoûtant, ce « sentiment cruel et ingrat qui
n’existe que pour rappeler à ses victimes l’ignominie des sens
»… Une invitation au voyage dans l’abîme de la sensualité faite
femme.
Carole BLANCHE
Notre opinion: Un
roman exceptionnel !
Après Marama Bâ qui, dans Une si longue
lettre, réclamait pour la femme africaine et musulmane le
droit à la dignité de mère et d'épouse, Khadi Hane franchit un
nouveau pas en exigeant le droit d'aimer, d'aimer tout
simplement, d'aimer qui elle veut, et pas nécessairement dans le
cadre du mariage... "Je ne suis pas une femme africaine, je suis
une femme tout court" aime-t-elle à répéter !
Deux extraits :
« Ce qui devait être une nuit exceptionnelle pour
Karim et moi se transforma en des heures de détresse profonde
pour tous les deux. J’étais bouleversée par ce que j’avais
enduré avec ces grosses bonnes femmes, et Karim confondu de voir
sa femme pleurer sans en connaître les raisons. Il passa tout le
reste de la nuit à me supplier de lui avouer ce qui n’allait
pas, mais je n’avais aucune envie d’en parler. Je lui en voulais
d’ailleurs de n’avoir pas subi les mêmes affronts. Pendant que
j’étais torturée par tante Astou et ses complices, lui buvait et
mangeait, tranquillement installé dans son salon, avec ses amis.
S’était-il seulement soucié de ce que j’étais en train de subir
? Pendant que ces grosses mégères s’acharnaient à m’enlever
toute pilosité du corps, lui se prélassait au milieu de gens
normaux qui n’auraient jamais eu l’idée de lui relever sa
chemise à la recherche d’un quelconque poil indésirable…
Personne ne lui avait demandé s’il était encore vierge ! Pas
même sa propre mère. Il n’était pas plus vierge que moi, mais
personne ne s’en souciait. Ils avaient tous décidé que je devais
porter seule le poids de nos fautes. Eh bien, l’heure était
venue pour lui d’assumer sa part de responsabilités. » (p.
204-205).
« Seul dans sa case, Baye Gorgui Sène, menaçant,
à l’écoute de mes fautes, ignore l’appel de la nuit. Encore une
fois, je m’en fous. Je m’en fous car je m’en irai dans une
petite heure, repue des amours de son fils. Je brandirai le
trophée de ma nuit au-dessus de mes épaules. Je le narguerai
jusqu’à ma sortie du village. Et je me réveillerai au désert de
ma vie sans Diogoye pour calmer les ardeurs de mon ventre quand
je penserai à ma nuit de gloire à Niakhane.
Il est quatre heures du matin. Je dis à Diogoye que nous devons
rentrer, j’ai rendez-vous avec mes collègues dans une heure. Il
ne semble pas vouloir se détacher de mon corps. Je répète que
nous devons nous séparer, que je dois bientôt les retrouver sur
cette même place.
Diogoye fouille dans ses poches, et en extirpe un objet. C’est
un collier de paille. Il me le tend en souriant. Il me dit que
c’est un cadeau confectionné de ses propres mains. Rien que pour
moi, pour symboliser notre amour. Il ajoute qu’il n’a jamais
rien offert à personne, c’est la première fois qu’il sent le
besoin d’exprimer son amour pour une femme. Il est conscient que
notre passion est impossible, alors il me l’offre pour que je ne
l’oublie jamais.
Je prends le collier dans mes mains et j’ai envie de pleurer,
tellement je me sens heureuse. Heureuse d’être la première et
peut-être la dernière à qui il fait un si beau cadeau. Il m’aide
à le passer autour de mon cou. Il est si heureux que je le garde
sur moi.
Je ne peux m’empêcher de le comparer à celui, d’or pur, que
Karim m’avait offert pour notre premier anniversaire de mariage.
Celui-ci me paraît si précieux, et l’autre si dérisoire… Je
passe les doigts entre les perles en paille de son gage d’amour
et je suis heureuse. C’est comme si j’amenais une parcelle
de lui, en ville, avec moi. » (p. 175-176).