Yasmina Traboulsi : Le nouvel Évangile
"Révèrente Mère Immaculée ouvrit le tiroir, fit jouer la
serrure puis le mécanisme secret. Elle cachait là ses fruits
défendus..." Quand la luxure envahit le couvent...
Florent Couao-Zotti : Le préservatif de
l’éléphant
"D’ailleurs, la fille sentait la cannelle, le genre de truc
qui me volcanise les nerfs et me fait l’effet du chien en rut.
Je respirai, offris mes narines au parfum inattendu comme pour y
tremper tous mes sens. Mon caleçon s’alluma sec." Ce
policier, surnommé l'éléphant, n'est pas au bout de ses
découvertes. La cannelle revêt parfois des détours surprenants.
Sami Tchak : L’obsession
"un jour, pressée de s’en aller, elle avait laissé son slip
sale au bord de la baignoire, alors que d’habitude elle trempait
ses sous-vêtements dans une petite bassine rouge, elle l’avait
laissé là, par terre, c’était même un string rouge." Un
string fin comme le lacet d'une fronde qui va catapulter
l'imagination du tonton pervers.
Raharimanana : Za
"Eskuza-moi. Za m’eskuze. A vous déranzémant n’est pas mon
vouloir, défouloir de zens malaizés, mélanzés dans la tête,
mélanzés dans la mélasse démoniacale et folique." On ne
commente pas un tel texte, on le savoure.
Alain Brezault : Les oedipiens
"Sigmund, son fils, lui avait laissé prendre de l’avance pour
le simple plaisir d’agrémenter la chasse, sûr de pouvoir
l’abattre lorsque le jeu deviendrait trop fastidieux. Le sursis
était dérisoire." Dans ce monde de consommateurs, les très
vieux, qui ne consomment pratiquement plus, sont des parasites
dont il faut se débarrasser. Ce sont leurs enfants qui s'en
chargent.
Kossi Komla-Ebri : Le huitième péché
"C’est beau la vieillesse mon cul ! Passé la trentaine,
chaque jour, tu ressens une douleur quelque part en t’éveillant,
la peau devient molle, les seins rivalisent avec les crêpes, la
cellulite transforme les hanches en peau d’orange, les dents
pourrissent et tombent." Le refus du vieillissement, et son
remède le clonage. Au coeur du huitième péché.
Ludovic Obiang : Le mystère Odabor
"Je me retrouvai d’abord au creux de la vallée Sainte Marie,
auprès de la rivière maudite, étalé de tout mon corps sur la
victime du viol collectif. Mais je suis seul cette fois, comme
si je devais expier à moi seul la faute de tout le groupe."
L'envoûtement est total, au point que le crime provoque non
la révolte, mais la tendresse pour le pécheur.
Michel Cadence : Les pélopées de Vieux-
Koffi
"Un sentiment de pitié mêlé de colère l’étreint en observant
les gestes maladroits des livreurs empêtrés dans leurs
scaphandres. Comment a-t-on pu en arriver à ce point d’absurdité
: faire de la terre un monde invivable ?" Quel sera le rôle
de l'Afrique dans cinquante ans? La poubelle de l'occident, ou
la mère salvatrice?
Kangni Alem : Tantum Ergo
"Au moment d’asperger le cercueil, je la vis maugréer dans sa
moustache de virago et secouer le goupillon comme un phallus
arraché de haute lutte." L'orgueil, un péché anodin ? Marié
à la jalousie, il gangrène la vie des familles, tue les amitiés,
assassine les fratries.
Jo Darmor : Le méharon
« Voyez ! fit Alfred Nyasse. L’avenir est ici. L’industrie du
cacaoyer emploie plus de quinze mille personnes, paysans et
ouvriers compris. La Côte d’Ivoire crie au scandale mais… pfuit
! Notre chocolat fait lever le bengala ! Pas celui des
Ivoiriens. » Celui qui sait manipuler les fèves pour en
faire du chocolat aphrodisiaque peut aussi hybrider le chameau
pour en faire... un méharon.
George Ibrahim Zreik : La planète des
anges
« Les migrants génétiquement dangereux sont ainsi
électroniquement marqués et fichés. Il leur est interdit de
poursuivre leur voyage et ils sont refoulés. S’ils n’obtempèrent
pas, ils sont emprisonnés et parfois tout simplement éliminés.
» Quand l'Archange Gabriel rencontre l'explorateur écolo, c'est
que la terre va mal. Est-il trop tard?
Laissons le dernier mot de ce recueil -qui
loin d'avoir épuisé le sujet a néanmoins ouvert de nombreuses
pistes-, à George Ibrahim Zreik : "Et les habitants de la
Terre, attendent aujourd’hui, comme ceux de l’île de Pâques ont
jadis attendu. Ils espèrent un secours ou un hypothétique salut
qui pour les Pascuans, n’arriva pas à temps, mais quelques
siècles trop tard, juste pour constater leur disparition et
plaindre leur sort.