FLORIBERT MUGARUKA

Floribert Mugaruka Mukanire est marié, monogame et père de huit enfants. Il a une formation de professeur de sciences, fonction qu'il a exercée à Bukavu (capitale du Sud-Kivu, République démocratique du Congo) jusqu'en 1996. A cette date, l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Zaïre, dirigée par Laurent-Désiré Kabila, et soutenue par le Front patriotique rwandais de Paul Kagame envahit la province pour partir à la conquête de Kinshasa. Les salaires des fonctionnaires ne sont plus payés, et un père de famille ne peut, en ville, subvenir aux besoins des siens, d'autant que les miliciens ont tout pouvoir sur les civils et font régner la terreur à Bukavu.  Floribert Mugaruka Mukaniré fuit au sud, à Walungu où réside sa famille. Là il peut au moins nourrir ses enfants en cultivant maïs et manioc. Il est également photographe, ce qui lui a assuré un minimum.

Hélas! Walungu est au coeur d'un système de camps de réfugiés hutus qui ont fui le Rwanda après le génocide. Les Tutsis veulent régler leurs comptes aux criminels qui s'enfuient dans les forêts voisines. Commence un long calvaire pour une population prise en otage entre les Hutus, les Tutsis, et les May-May, groupes d'autodéfense congolais. En 98, c'est la guerre! 10 états africains sont impliqués dans le conflit. Plus d'autorité, plus de hiérarchie, la région est la proie des violences et des barbaries.

En 2002, La paix est signée entre la RDC et le Rwanda (à Prétoria) , puis  l'Ouganda (à Luanda). On croit la zone pacifiée, c'est tout le contraire qui se produit, et en 2003, Floribert nous écrit : "Le 6, les "Intera mwe" sont venus dans notre village, pillant les maisons, emportant les vaches, et même 4 filles. Heureusement, on nous avait réveillé à temps, et j'ai pu emmener toute ma famille se cacher dans un champ de manioc où nous avons passé la nuit. Dès ce jour-là, notre calvaire a commencé"

Puis, les militaires du RCD-Goma ont reconquis le territoire, sans parvenir à le pacifier : "Pour nous, finalement, la présence des RCD, malgré leurs sales manières (l'un d'eux ne m'a pas caché qu'il lui arrivait de manger de la chair humaine), semble moins insupportable…"

A partir de 2004, on assiste à un retour progressif à la normale. Les miliciens criminels sont peu à peu incorporés (on dit "brassés") pour former une armée régulière. Certes, les exactions continuent (les "vilaines manières" de se perdent pas du jour au lendemain), mais souvent, elles sont sanctionnées.

Observez ces 3 portraits de Floribert :
2003
2005
2006

 Ils résument à eux seuls l'évolution de la situation. En 2003, on est au coeur de la violence. Les traits sont tirés, la peau tendue sur les os. En 2005, ça va mieux, les vêtements sont choisis, et si les symptômes de malnutrition ont disparus, la minceur est persistante. En octobre 2006, l'écrivain s'est remplumé, le costume est neuf (les premiers droits d'auteur du Bassin des dieux sont arrivés).

Malgré ces tornades qui s'abattent régulièrement sur Walungu, Floribert a écrit un roman magnifique, Le bassin des dieux paru en 2005. Malgré, ou "à cause"? L'écriture n'est-elle pas une forme d'évasion? La thérapie qui permet de supporter le quotidien? Un second manuscrit intitulé "La morsure du passé" nous est parvenu.

Dans quelles conditions écrit-il? voici dans son recueil de témoignages intitulé "Kivu, au coeur de la violence" ce qu'il en dit:

"À Muhali, au centre d’activité nutritionnel où je travaille, c’est la panique. Juste le temps de prendre mon sac d’écolier qui contient mon diplôme et le manuscrit du roman que j’écris pendant mes tristes nuits de veille, mon appareil photo qui me permet de gonfler mon maigre salaire, et mon pardessus : j’ignore où je vais passer la nuit." (... il rentre chez lui mais doit fuir de nouveau) "Au préalable, j’ai mis mon sac dans une bâche plastique fermée hermétiquement, et je l’ai enterré". On trouvera plus de détail sur l'écriture dans la rubrique "Making off".

Aujourd'hui, le pays se reconstruit, jour après jour une normalisation se met en place, mais ça reste bien fragile, comme dans ces articles de Radio Okapi datés de janvier 2007 intitulés : "Sud Kivu : un millier de Maï-maï au brassage" (lire l'article). Et pour Floribert Mugaruka Mukaniré, le temps du sourire revient. En octobre 2006, il marie une de ses filles. Ce jeune couple est l'espoir de demain, il symbolise, on l'espère, un Congo où il fera bon vivre!
Tous nos veux de bonheur aux jeunes mariés!

Floribert vit à Walungu. Mais, WALUNGU : c'est où ? c'est comment ? il s'y passe quoi ?

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