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Un extrait (attention, lecture difficile)
Extrait du témoignage de Gisèle, habitant à
Kaniola, à quelques kilomètres de Walungu, où réside Floribert
Mugaruka Mukaniré
Je suis couchée avec, à mes côtés, mon mari et
mon fils cadet, âgé de 4 mois. Il est 22 heures quand un violent
coup de botte fait voler la porte de la case en éclats.
Mon mari met pied à terre, sur des débris de bois, quand une lumière
violente illumine la pièce. Les trois autres enfants qui dormaient
sur un lit de l’autre côté se réveillent.
« Debout ! » ordonne en kinyarwanda l’homme à la torche tandis que
la case se remplit de miliciens armés. En entendant cette langue, je
comprends avec terreur à qui j’ai affaire : ce sont des Inters
!
On assoit de force mon mari près du foyer, adossé au poteau qui
soutient la toiture et on lui ligote les mains dans le dos. Je suis
ligotée à mon tour, à l’aide d’un pagne, sous l’œil de mes enfants
assis sur leur lit. Un des agresseurs remonte le pan du maillot de
mon mari sur son visage, pour lui cacher les yeux. Il lui assène un
premier coup de couteau dans le dos, entre les côtes.
« Soutiens-moi, Gisèle ! » crie-t-il dans un râle, avant qu’un autre
milicien lui enfonce son poignard jusqu’au manche dans la poitrine.
Un troisième l’achève d’un coup de couteau qui lui déchire le ventre
jusqu’au nombril. Ses intestins se répandent sur son bas-ventre.
Les miliciens me poussent vers la sortie, pillent tout ce qui peut
s’emporter dans notre modeste case, et y mettent le feu, sans
s’occuper des enfants, ni du cadavre de leur père.
Ils s’attaquent ensuite à la case voisine, où le même scénario se
répète.
Je vois des dizaines de maisons en flammes, car les agresseurs sont
nombreux. Les miens me saisissent pour m’emmener avec eux, ainsi que
deux autres femmes et trois hommes chargés de transporter le butin
du pillage. À quelques mètres derrière nous, deux de mes enfants
âgés de 6 et 4 ans, et qui ont réussi à échapper aux flammes, nous
suivent dans ce sentier éclairé par la lune.
Aux premières lueurs de la matinée, notre troupe est déjà
profondément enfoncée dans la forêt.
Soudain, les Inters s’énervent. Ils saisissent Birhanga, un de leurs
captifs et attachent ses jambes à une branche avec des pagnes.
A-t-il laissé tomber quelque chose ? S’est-il senti mal ? A-t-il eu
un geste hostile ? Je n’ai rien vu. Le malheureux a beau se démener,
hurler, seul l’écho de sa voix lui parvient de la jungle. Les jambes
écartées, les mains liées dans le dos, son sort semble scellé. Trois
des Inters lui maintiennent la tête et le tronc tandis qu’un
quatrième découpe son caleçon au couteau, et lui en enfonce les
lambeaux dans la bouche pour le faire taire. Avec un sourire aux
lèvres et un regard amusé, il découpe la chair de Birhanga, du
ventre jusqu’au rectum, laissant de côté les organes génitaux. Le
bourreau élargit l’anus et tente de séparer les fesses. Ce qui
l’amuse le plus, c’est d’enfoncer ses mains dans le bas ventre de
l’homme, et de jeter des brassées d’intestin à l’extérieur. Puis il
plonge les bras dans le ventre ouvert, arrache les chairs et
Birhanga meurt. Les quatre miliciens sont couverts de sang, ce qui
semble les exciter joyeusement.
« Bon ! Vous les femmes-là ! Couchez-vous ! Vite ! À terre ! »
Les hommes s’activent sur moi, j’en dénombrerai sept, qui pataugent
dans le sperme les uns des autres. Je suis dans un état second,
par-delà la douleur, et ne ressens rapidement que des crampes qui
envahissent mon corps. Les deux autres femmes subissent les mêmes
atrocités, mais elles ne pourront en témoigner : aujourd’hui, elles
ne sont plus.
Assis en retrait, dans l’épaisseur du taillis, mes enfants n’ont
rien perdu du spectacle. (...)
- Femme brûlée ayant survécu
(photo archives du diocèse de Walungu)
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